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Aldo Ajello

Résumé de la communication

La période de transition en RDC a été le résultat d’un parcours long et difficile qui a démarré seulement après l’accès de Joseph Kabila à la présidence de la République. Le jeune Président avait hérité une situation fort compromise avec les troupes rwandaises qui venaient d’occuper Pweto et menaçaient la ville stratégique de Lubumbashi. L’option militaire privilégiée par son père avait produit des résultats catastrophiques. Chaque offensive de l’armée congolaise était stoppée sans difficulté par les troupes rwandaises qui l’utilisaient comme prétexte pour lancer une contre-offensive et avancer de plusieurs kilomètres.

L’Union Européenne avait suggéré a plusieurs reprises et sans succès à l’ancien Président Kabila d’abandonner l’option militaire qui n’avait aucune chance de réussir à cause de la faiblesse de l’armée congolaise et de jouer la carte politique qui le voyait en position de force. Mais Laurent Désiré Kabila n’écoutait pas. Il voulait à tout prix un succès militaire et de surcroît il n’avait aucune confiance dans la communauté internationale.

Le chef d’œuvre du jeune Président a été de renverser à 180° la politique de son père tout en donnant l’impression de se situer dans la continuité. Il a abandonné l’option militaire et il a lancé une offensive de charme avec la communauté internationale. Il a été reçu et écouté aux Nations Unies, aux Etats-unis et dans les capitales européennes, il s’est engagé à faire tout ce qui était dans son pouvoir pour contribuer à la solution des problèmes de sécurité des voisins, et il a réclamé le retrait des troupes étrangères de son pays non sur la base du rapport des forces militaires, mais sur la base du droit de la RDC à sa souveraineté et à son intégrité territoriale. Quelques semaines plus tard les troupes étrangères quittaient le Congo et le dialogue inter congolais, qui traînait depuis plusieurs mois, pouvait effectivement démarrer.

À partir de ce moment, les forces négatives, situées dans toutes les composantes politiques et militaires, qui craignaient de perdre pouvoir et privilèges en cas de succès du dialogue, se sont mis au travail pour le faire capoter. Ces forces étaient assez puissantes, mais elles avaient un point de faiblesse : elles ne pouvaient pas se permettre de faire capoter le processus de paix et d’en assumer la responsabilité devant le peuple congolais et devant la communauté internationale. Il fallait pousser l’autre à l’erreur et charger la responsabilité sur lui. C’est exactement ce point de faiblesse que la communauté internationale a utilisé pour donner sa contribution à la défaite des forces négatives et au succès du dialogue.

Le rôle joué par la communauté internationale et surtout par l’Union Européenne a été très important. Mais la chose extraordinaire a été la syntonie qui s’est produite entre la communauté internationale, la partie du groupe dirigeant de toutes les composantes qui a voulu conduire jusqu’au bout le processus de démocratisation et le peuple congolais qui a fortement voulu ce processus et qui a été le vrai protagoniste des élections.

L’Union Européenne a financé massivement les élections et a accompagné le processus jusqu’aux bouts à travers des initiatives communautaires et bilatérales, à travers sa participation active au CIAT et sa coopération politique et militaire avec les Nations Unies. Deux contingents militaires ont été envoyés par l’Union Européenne au Congo dans deux moments particulièrement difficiles du parcours vers la démocratie.

En Ituri, quand le processus était en panne, et les forces négatives espéraient utiliser les massacres à connotation ethnique qui se consommaient dans cette région pour bloquer le processus, la mission Artemis, envoyé dans la région à la demande des Nations Unies, a pu stabiliser la situation, bloquer les massacres et faire repartir le dialogue. Ce n’est pas par hasard que l’accord sur les questions militaires qui traînait depuis des mois a été signé quelques jours après l’arrivé de la mission Artemis. Par la suite le gouvernement a été formé et la transition a commencé.

Le deuxième contingent, EUFOR, a été envoyé à la veille des élections pour aider les Nations Unies là ou elles n’avaient pas assez de troupes pour décourager les potentiels fauteurs de troubles. Dans ce cas comme dans l’autre la mission a donné une contribution importante pour calmer le jeu dans les moments les plus difficiles de la campagne électorale.

Les élections se sont déroulées dans l’ordre et le résultat est certainement conforme à la volonté populaire. Néanmoins on a dû enregistrer des actes de violence et des véritables dérapages pendant la campagne électorale et après les élections. La RDC a souffert, en mesure moins grave que d’autres pays, du mal qui accompagne souvent le processus de démocratisation en Afrique, c’est-à-dire le fait que les élections sont vécues par les Africains comme un événement fortement traumatique.

Le problème est que, dans le modèle qui est le plus souvent adopté de démocratie conflictuelle, le parti ou le candidat qui gagne les élections, gagne tout et celui qui les perd, perd tout. Cela donne aux élections une connotation de dernière chance et empoisonne l’atmosphère. Si on veut calmer le jeu, quelle que soit la forme de démocratie adoptée, consensuelle ou conflictuelle, il faudra donner aux perdants l’assurance qu’ils auront un rôle politique important à jouer dans le gouvernement ou dans les autres institutions, que leur sécurité sera assurée et qu’ils auront un statut conforme à leur rang. En tout cas toute formes d’exclusion doit être bannie.

En RDC, la majorité, tout en choisissant le modèle de démocratie conflictuelle, a donné à l’opposition l’espace nécessaire pour exercer son rôle institutionnel. Un an après les élections, la dialectique démocratique semble fonctionner correctement, mais le gouvernement ne se montre pas à la hauteur des besoins de la population. Par contre on a pu enregistrer des progrès intéressants dans le domaine de la réconciliation nationale qui doit caractériser la deuxième phase du processus de paix après plusieurs années de guerre civile.

La conférence organisée par le Président Kabila à l’est du pays avec la participation massive de la société civile a été un premier pas important dans cette direction et les résultats obtenus sont encourageants. Il y a encore d’autres pas à faire pour pacifier entièrement ces provinces et résoudre le problème des milices étrangères qui restent dans le territoire congolais, harcèlent les populations locales, et empoisonnent les relations avec les pays voisins.

Mais la priorité des priorités pour consolider la paix, garantir la souveraineté du pays et la sécurité des gens et de leurs biens, reste la réforme du secteur de sécurité qui inclut l’armée, la police et la justice. L’état de l’armée congolaise est fort bien connu. Mal payée, mal nourrie, mal équipée, elle manque d’entraînement et de discipline. Plutôt que de garantir la sécurité elle représente un élément d’insécurité et d’instabilité et un danger permanent pour la population civile qui en subie régulièrement les tracasseries. La police et le système judiciaire se trouvent dans des conditions similaires même si moins catastrophiques. Si on ne met pas de l’ordre dans le secteur de sécurité tout effort de promouvoir le développement économique et social sera inutile.

Tout le monde semble être d’accord su ce point crucial, mais personne, ni le gouvernement, ni la communauté internationale, semble vouloir en tirer les conclusions sur le plan opérationnel. L’union Européenne a créé deux unités EUSEC et EUPOL pour assister le gouvernement congolais dans la réforme de l’armée et de la police. Dès le début de leur existence, ces unités ont manqué cruellement de ressources financières et humaines et n’ont pas obtenu une véritable coopération de la part des autorités congolaises. Néanmoins elles ont obtenu des résultats importants, surtout en ce qui concerne la rationalisation de la chaîne de paiement des salaires de l’armée.

D’autres pays ont apporté des contributions à la réforme du secteur de sécurité, mais en général l’effort de la communauté internationale a été une goutte d’eau dans l’océan par rapport aux besoins. Le problème est que le gouvernement est prisonnier des hautes hiérarchies militaires qui tirent profit de la situation actuelle et n’ont pas intérêt à la modifier et la communauté internationale est encore prisonnière de stéréotypes qui voient la coopération dans le secteur militaire comme politiquement inapproprié et donc inacceptable. De surcroît la coopération militaire n’est pas incluse dans les calculs de l’aide publique au développement même si l’OCDE reconnaît l’importance vitale du facteur sécurité pour promouvoir le développement.

Le résultat de cet état des choses est qu’en ce qui concerne les ressources financières et humaines, l’on n’arrive à mobiliser que des miettes. Si la communauté internationale, et surtout l’Union Européenne, ne changent pas d’attitude à ce sujet et ne prennent pas la décision de faire de cette réforme une priorité absolue, tous les efforts pour promouvoir le développement de la RDC seront destinés à la faillite et se traduiront en pur gaspillage d’argent. Il serait souhaitable que le gouvernement congolais ainsi que la communauté internationale reconnaissent cette vérité assez rapidement et en tirent les conclusions.